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MOBILI'TÉMOIGNAGE #2 : Véronique, Cheffe de section au CMFP

04 mars 2021

Cette année, Défense mobilité lance MOBILI’TEMOIGNAGE. Avec ce nouveau rendez-vous d’échange, nous donnons la parole à celles et ceux qui entretiennent chaque jour le réseau Défense mobilité : conseillers, candidats, recruteurs…

Découvrez ce #2 dédié au témoignage de Véronique, Cheffe de section au CMFP

  • Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre poste ? 

Je suis l’adjudant-chef Véronique. J’ai commencé ma carrière dans l’institution militaire il y a 22 ans, principalement dans l’interarmée, avec quatre piliers : communication, relations internationales, ingénierie de formation, reconversion.

J’ai commencé appelée du contingent (VMF), l’ancienne version donc, pour ensuite passer un concours afin d’intégrer l’active. Je suis devenue secrétaire du chef de corps à la direction des Actions sociales des Armées à Lyon.

J’ai ensuite intégré la DICoD, d’abord en tant que secrétaire, puis en tant que chargée d’événements.

Ensuite, je me suis positionnée sur les relations internationales, en tant que responsable de cellule. Il fallait coordonner les demandes d’activités de logistique opérationnelle (partage de compétences) entre la France et les pays partenaires.

Suite aux restructurations de l’institution, j’ai demandé à intégrer l’Ecole des Fourriers (Querqueville, Normandie), mon école d’application, dont la particularité est l’interarmée et les formations aux métiers supports. J’étais responsable de la cellule « retour d’expérience des actions de formation ».

Aujourd’hui, je suis conseillère en formation professionnelle/cheffe de section au sein du dispositif de reconversion du ministère, au CMFP.

  • Quels sont les tâches du chef de section ?

Elles sont multiples :  je suis cheffe de section au sens militaire du terme. Nous avons plusieurs groupes sous nos ordres. Je suis plus orientée vers le secteur tertiaire : administration, logistique, transport, mécanique cycle et motocycle, commerce et vente.

Il s’agit d’un accompagnement individuel et collectif. Dans la partie conseil, nous sommes dans la philosophie « Hier, aujourd’hui, demain ». Chaque stagiaire doit poser des mots sur sa vie, ses actions, et en tirer les bénéfices pour construire une nouvelle page de son existence. Il faut (re)définir son projet, lui donner un sens, un contexte. Ensuite, nous appuyons les stagiaires dans leurs démarches, aussi bien personnelles que professionnelles. Ce ne sont pas des « chiffres ». Nous prenons en compte leur situation familiale, leur contexte propre, afin qu’ils puissent se concentrer sur leur formation, étape importante de leur nouvelle vie professionnelle. Ils doivent être dans le bon emploi rapidement, et surtout dans un contexte favorable. Nous les recevons d’abord en collectif. Nous maintenons notre esprit de corps ou d’équipage selon les armées. Mais chacun(e) arrive avec son histoire. C’est ensuite à moi d’analyser l’individu et trouver ce qui va lui correspondre au mieux.

Notre rôle de chef de section, c’est d’être « absorbeur de stress et diffuseur d’énergie ». C’est donc tout sauf un métier strictement administratif. Nous les conseillons avant tout sur un plan humain : nous prenons en compte leurs capacités, aptitudes et compétences. Nous analysons les envies, mais aussi les freins éventuels pour un projet réaliste et réalisable sur le long terme.

Je me souviens de stagiaires qui éprouvaient des difficultés à lire et écrire. Il fallait donc trouver des solutions pour qu’ils puissent absorber la masse d’informations pour acquérir les gestes techniques de leur future profession.

On ne devient pas chef de section au CMFP pour avoir un « titre ». Il faut, dès le départ, avoir des capacités d’écoute, d’analyse et, surtout, de dissociation. Ce n’est pas forcément le plus évident. Quand on sort du centre, il faut aussi se « déconnecter » et se concentrer sur sa famille, laquelle m’appuie et je remercie pleinement ma moitié et mon fils.

Je vous assure que le terme « joignable 24h sur 24h » s’applique littéralement pour nous. Il faut être disponible à toute heure pour répondre aux inquiétudes, aux questions d’ordre technique. La crise COVID-19 a amené son lot d’incertitudes et d’interrogations. Mais nous travaillons en équipe. Avec mes collègues, nous partageons un certain nombre de choses. Nous discutons sur nos expériences, nos points de vue et nos problématiques. Cela nous permet d’avancer sans se fragiliser.

En métropole, nous sommes 13 chefs de section : 12 au CMFP de Fontenay-le-Comte et 1 à Saint-Mandrier. Et nous avons tous un vécu militaire différent, et cela apporte une grande richesse. Nous devons être dans la discussion et l’efficience.

Pour revenir sur les stagiaires, nous ne faisons aucune discrimination. Nous avons des personnes en activité, d’autres en position de non-activité, des militaires blessés, physiques ou psychologiques. Nous nous attachons à leur faire comprendre que ce ne sont plus des militaires ou anciens militaires, mais de futurs travailleurs/salariés, ayant un passé militaire, avec de nouveaux codes.

Nous sommes une sorte de « Google » et nous contribuons à leur résilience individuelle. Les outils numériques sont disponibles sur internet, certes. Cependant, le métier de militaire, peu importe son armée, est singulier et atypique. Nous faisons partie du code de la défense. Actuellement, nous vivons en milieu confiné ou presque et il faut maintenir certains réflexes et habitudes.

De mon côté, je donne des cours de droit du travail : expliquer la relation employeurs, les offres d’emploi et des process de recrutement des entreprises. On va aborder les contrats, car il y en a plus de mille dans le droit du travail. Il faut donner le sens de ce contrat : expliquer les congés payés, les heures supplémentaires, les clauses d’exclusivité et de non-concurrence…. Ce sont des composantes que le militaire ne connaît pas. On va lui donner des clés pour lui éviter de se tromper, et lui éviter une potentielle fracture, donc une démission. Tout ceci lui permettra de « se vendre » tout en gagnant en sérénité. Comme je leur dis souvent, ce sont des « pépites », qui ne doivent pas être sous-évaluées ou surévalués.

Enfin, le chef de section ne fonctionne pas seul. Nous travaillons sur le volet administratif avec la cellule PRVC (Préparation de Retour à la Vie Civile). On va fonctionner avec la CFH (Conseillère en Facteur Humain) pour tout ce qui relève de la partie « accident de la vie », ainsi qu’avec le service médical, le service des sports, des assistantes sociales si-besoin.

C’est l’esprit collaboratif qui prime.

  • Pouvez-vous nous expliquer votre théorie du « braquage » ?

C’est un terme que j’emploie avec les stagiaires pour leur faire comprendre notre méthode. Le butin c’est l’emploi qui leur convient, le métier de rêve. Pourquoi va-t-on le « braquer » ? Cela oblige chacun(e) à faire un point sur sa propre histoire et les aptitudes à acquérir. Il faut s’outiller en valorisant ses compétences, construire son CV, une lettre de candidature. Il faut préparer la logistique de l’entretien d’embauche pour arriver prêt au rendez-vous, savoir débattre sur ses forces et faiblesses. Il faut arriver avec une banque de réponses déjà préparées et « préparer l’improvisation ».

Le tout est de déterminer si je conviens ou non à cet emploi. Et me convient-t-il ? Et vais-je convenir à l’entreprise et sa culture ? Il faut élaborer sa stratégie tout en étant conscient(e) de ses propres points perfectibles.

Pour en revenir à l’image du « braquage », on fait donc du repérage stratégique, on repère les alarmes, par quel réseau on peut passer, récolter les fruits de ce travail. Et un braquage implique de capitaliser, et non de dilapider les acquis. En un braquage n’est pas unique. Il y en a plusieurs. Et il faut appliquer cette méthode à répétition jusqu’à ce que ça fonctionne.

Pour conclure, le militaire a des vies dans sa vie, à chacun d’y donner du sens.

dame